S'il n’intéresse pas grand monde, et que les dés semblent déjà joués quant à savoir qui sera présent au second tour, le premier tour des présidentielles 2012 de dimanche aura au moins le mérite de tenir en haleine les passionnés de médias et de NTIC (Nouvelles Technologies d'Informations et de Communication).
Le sujet de cet intérêt ? La publication avant 20h des premiers résultats des votes.
En effet, en France, les bureaux de vote ne ferment pas tous à la même heure. Ceux fermant à 18h ou 18h30 auront déjà dépouillé quelques bulletins lorsque fermeront les bureaux de vote des grandes villes, vers 20h.
De ces premiers dépouillements découleront nécessairement des tendances. Se dessineront alors les premiers résultats du vote des Français.
En France toujours, il est cependant interdit par une loi de publier une quelconque tendance/estimation avant la fermeture des derniers bureaux de vote à 20h et ce, pour garantir que le vote des citoyens retardataires ne soit pas influencé par les premiers résultats.
L'article 12 de la loi de 1977 et l'article 90-1 du code électoral précise bien que "de
la nuit du vendredi 20 avril (à partir de minuit) au dimanche 22 avril à
20 heures, il est interdit à tout média, blogueur ou utilisateur de réseaux sociaux de diffuser publiquement des sondages ou des
estimations de résultats concernant le premier tour de l'élection
présidentielle "
Toute publication avant 20h, par un média comme par un particulier, pourra être sanctionnée de poursuite judiciaire et de 75.000 euros d'amende.
Le problème, c'est que cet embargo, vieux de plusieurs années, n'a aucune répercussion dans les pays limitrophes comme la Belgique ou la Suisse, dont les médias locaux (comme la RTBF) ont d'ores et déjà annoncé qu'ils publieraient les premièrs résultats dès 18h30.
Comment, à l'heure d'internet et de Twitter, éviter la propagation de ces publications en France, via notamment les réseaux sociaux ? Les médias doivent-ils faire fi de l'embargo et eux aussi annoncer les premiers résultats ?
Libération a ouvert la voix, mercredi dernier en annonçant qu'il pourrait publier les estimations dès 18h30. Une possibilité que le spécialiste en médias de l'Express, Renaud Revel, comprend :
" Bien évidemment, la position de Libération est d’une grande logique
et on voit mal pourquoi d’autres journaux et médias ne
s’engouffreraient-ils pas dans la brèche ainsi ouverte ? Comment
imaginer, en effet, qu’à l’heure d’Internet et de la globalisation de
l‘information, la France demeure un sanctuaire mis sous cloche et coupé
du monde ! Les responsables de médias, en Belgique et Suisse, se disent
ainsi médusés face au spectacle qui s’annonce, en France : celui d’une
légion de rédactions réduites au silence jusqu’à 20 heures, alors que
sur Internet circuleront depuis prés de deux heures des résultats, comme
s’il en pleuvait ! "
Un embargo certes archaïque à l'heure du net, mais que Daniel Schneidermann semble, dans sa chronique d'Arrêt Sur Images, expliquer via un exemple:
Eva Joly, candidate d’EELV, a estimé qu’une fuite d’estimations « peut
influencer le vote », que ce serait « une rupture de l’égalité » qui
pourrait « avoir une influence indue », sachant que « 15 % (des
électeurs) se déterminent dans le bureau de vote ».
Quoi qu'il en soit, il semble improbable que les résultats ne soient pas communiqués avant l'heure fatidique. Et si ce n'est pas via les médias officiels, ce sera par la communauté Internet.
Déjà les twittos ont trouvé la parade aux éventuels contrôles que les autorités tenteront de mettre en place.
La parade pourrait pourtant à l'avenir être beaucoup plus simple. Il suffirait de revenir sur l'organisation des élections, et de la remettre au goût du jour, en prenant en compte la variable Internet. Que tous les bureaux de vote ferment à la même heure ! Ainsi, tous seraient égaux et auraient les estimations en même temps, après 20h.
"Que l’on réforme, sur le plan technique, l’organisation de cette
élection présidentielle. Une mission apparemment impossible pour les
cerveaux qui nous dirigent, lesquels brandissent aujourd’hui et en
désespoir de cause, des menaces de sanctions bien illusoires quant à
leurs effets." conclue Renaud Revel.
La Commission des sondages a déjà expliqué qu'elle révélera le vendredi un dispositif inédit pour
lutter contre la
publication avant l'heure des résultats au premier tour de l'élection
présidentielle.
Qui osera, qui n'osera pas publier les premiers résultats ? Réponse dimanche à partir de 18h30.
De quoi redonner de l’intérêt à ces présidentielles bien monotones.
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